Cécile Berthereau 2017

(…) Ces motifs sont des repères d’enfance, d’un pays du nord qui ne sut offrir d’autre aliment que les primeurs des champs profonds et froids. A travers des sujets à l’apparente simplicité, Barbara Schroeder tente de saisir les métamorphoses du vivant en faisant apparaître les états successifs d’un paysage, ou d’un végétal. Elle capture les climats des espaces, les reflets changeants, la germination, la floraison, l’éclosion. Sans se soucier d’une figuration mimétique, son travail est en prise avec les éléments dont la terre est la matrice originelle : « Je suis plus proche de la terre que du ciel. Je m’interroge sur le sol que frôlent mes pieds » confie-t-elle. Dans ce désir de révéler au spectateur les identités mouvantes de ces modèles, l’artiste procède par jeux de séries et de polyptyques. Une répétition inventive du geste et d’une même figure s’installe : « C‘est la même intention toujours différente. » B.Schroeder.

Chaque œuvre fait partie d’un tout dont l’unité naît du multiple nous invite à explorer une contrée plurielle et poétique. « Pour parler de vérité, on invente autre chose. Il faut prendre des détours ». Barbara Schroeder

Dans sa peinture, tout prend source dans les forces vitales de la terre. Son langage pictural nous ramène à la matière et au mouvement. Les formes se structurent dans les épaisseurs figées des poudres de fer et de cuivre qu’elle mélange à la peinture.  Toutes ces couleurs nous renvoient aux éléments naturels : les teintes sombres et brunes des sous-sols, les bleus acier du givre et des ciels d’hiver, les verts vifs et profonds des végétaux, le blanc virginal de la lumière.

Ses formes occupent un espace aussi vaste qu’un paysage grand format. Sommes-nous face à des fruits ou à d’énormes roches circulaires en équilibre ? Barbara Schroeder instaure des ruptures poétiques qui stimulent notre imaginaire. « Chaque tableau est le paysage d’un instant ».

Lorsqu’elle peint, Barbara Schroeder considère avant tout l’espace de la toile comme l’unité possible d’un état, d’un lieu et du temps. Les paysages, comme les fruits de la terre sont pensés à la fois comme un fragment et le tout. L’infime, le détail devient l’immense, la synthèse. (…)

 

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