26, Mai, 2020

Élise Girardot « Enfilades » 2020

ENFILADES
Exposition au Lieu d’Art Le Prieuré Pont Loup Moret sur Loing

Du 5 juin au 19 juillet 2020

Végétal sans racine, tronc ni feuille, fait de filaments microscopiques nucléés et se reproduisant au moyen de spores, le champignon est omniprésent sur Terre depuis 450 millions d’années. Méconnus, dangereux et parfois comestibles, les champignons élaborent des protections et communiquent entre eux. Leur présence discrète dans l’exposition résonne avec la solennité du prieuré de Pont-Loup. Une succession de connexions et déconnections jaillissent des formes familières et énigmatiques observées dans les travaux de Barbara Schroeder. De la peinture à la sculpture, nous sommes guidés vers l’abside principale par un long chemin de stèles. Ailleurs, un autre fil s’écoule du clocher. La multitude de formes arrondies prolifère, formant une cordée de pommes de terre.

À travers les vastes espaces du prieuré, on découvre des champignons en silicone, des choux en porcelaine, des monolithes en acier brossé, des stèles de béton carbonisé et de grandes toiles composées d’enchevêtrements de filaments. S’en dégagent des visions microscopiques amplifiées qui révèlent de grands mouvements naturels imperceptibles. Les produits de la terre apparaissent métamorphosés. Ils sont sublimés, transformés par le jeu des matières interchangeables. Proposant une œuvre totale à sillonner, la scénographie de l’exposition dessine les contours d’un rituel. Ce déploiement affirme une attention au temps qui passe, celui des êtres vivants comme celui des fossiles, des catacombes, des mausolées.

Le motif du feu, sa régénérescence parfois menaçante fascine aussi Barbara Schroeder. Des fumées s’échappent des toiles, des pèlerins traversent les espaces du prieuré. Une combustion vive semble saisir certaines images. On entend l’écho des sols et des racines enfouies qui surgissent d’un autre siècle. Les traces de ce passage parsèment le sol de cercles et de cailloux. Barbara Schroeder compose un mémorial dédié au banal ; elle s’intéresse aux épaisseurs, aux croûtes, aux écorces, aux mousses et aux lichens forgés par le temps long. De la brillance phosphorescente à la matité, l’opposition des matières s’exprime dans la diversité des techniques employées. Comme les champignons naissent de petits agglomérats de fibres délicates, une myriade de réseaux et de savoirs ancestraux et artisanaux inspire l’artiste.

Élise Girardot, critique d’art membre de l’AICA.

https://www.elisegirardot.com